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Tuesday, September 25, 2012

Une barrière symbolique

Aujourd’hui, la fracture politique ne passe plus par la gauche et la droite, mais entre ceux qui ont les moyens de construire une barrière symbolique entre soi et les autres, et ceux qui ne les ont pas.
Dans les quartiers populaires des grandes villes, l’évitement du collège est souvent la norme pour les catégories supérieures. Les bobos parisiens ont les moyens d’ériger des frontières en douceur, un "évitement républicain" en quelque sorte : ils savent se débrouiller pour ne pas mettre leurs gamins dans la même école que ceux des familles tchétchènes ou africaines. Un enseignant sur cinq contourne la carte scolaire. Pour les ouvriers ou les paysans, le taux passe à un sur vingt. Quand il n’y a pas d’autre fuite possible, la tentation est de demander à quelqu’un, qu’on suppose politiquement fort, de dresser pour vous cette barrière symbolique. A l’arrivée, on peut quand même se poser la question : qui est dans la radicalité ? Le salarié à temps partiel qui vote FN ? Ou le bobo parisien qui fait de l’évitement scolaire ?

Christophe Guilluy, géographe

Wednesday, August 29, 2012

Uncertainty as a way of life

La réflexivité des représentations de l'étranger et du citadin appartient déjà au discours du flâneur, de l'arpenteur, de l'homme de la rue. La rue est la première image de la ville et elle est colorée, bigarrée. Confusion des langues : la ville est un monde, immense par évocation.
Tous les sens, ou presque, participent à l'impression cosmopolite : la vue et l'ouïe, le goût, l'odorat, à l'exclusion du toucher. C'est la prescription du toucher qui est décisive pour l'anthropologie urbaine des rencontres. Les corps se livrent à une danse étrange, tour à tour déployés chacun dans sa réserve de sens, dans son territoire, puis, happés au centre dans un grouillement infernal, ils sont contraints à la coprésence, au tact et à l'attention. La mise en scène de la vie quotidienne est un guide pour l'attention et le tact est décidément le contraire du toucher. Les territoires et les réserves sont des régions de sens normal, d'« apparences normales », dit Goffman. Au contraire les centres sont un melting-pot. Parfois à bon compte, et c'est du spectacle ; souvent tragiques et c'est l'ordinaire des relations inter-ethniques. Celles-ci sont le paradigme des « situations d'alarme » et nourrissent quotidiennement le discours de la scène urbaine, l'insécurité. L'insécurité urbaine s'évalue à vue d'œil et elle est réciproque. Personne n'est tranquille et tout le monde a peur.
Tout le monde se sent minoritaire : les minorités et les majorités, les envahisseurs et les envahis. Simplement, la peur du migrant n'est jamais une surprise et, la mémoire transie, coupé de sa réserve de sens, sans souvenir de la rue d'avant, il est inquiet à chaque instant. Uncertainty as a way of life.

Isaac Joseph, Urbanité et ethnicité

Monday, June 25, 2012

Tanger 1975

Friday, March 2, 2012

La théorie de la vitre brisée

La théorie de la vitre brisée (broken windows theory) est une analyse criminologique développée aux États-Unis au début des années 1980, qui soutient que les petites détériorations que subit l’espace public suscitent nécessairement un délabrement plus général des cadres de vie et des situations humaines qui y sont liées. Dans une rue, si la vitre d’une usine ou d’un bureau est cassée et n’est pas réparée, le passant conclut que personne ne s’en préoccupe. Bientôt toutes les vitres seront cassées et le passant pensera alors, non seulement que personne n’est en charge de l’immeuble, mais que personne n’est responsable de la rue où il se trouve, ce qui constitue l’amorce d’un cercle vicieux. Finalement, il y aura de moins en moins de passants dans les rues. Cette théorie a souvent été utilisée par les partisans de la tolérance zéro alors que l’expérience avait pour but de démontrer que lorsque les régulations sociales informelles font défaut, les comportements destructeurs se libèrent, quelles que soient les couches sociales concernées. D’où l’importance de remplacer très vite la première vitre cassée, ce qui évite de voir tomber les suivantes…

Scriptopolis

Wednesday, February 1, 2012

La ville en est une autre

Nous entrons, à des vitesses différentes, ici et là, dans un urbain dispersé, qui englobe le territoire de la grande ville et ses infrastructures matérielles et immatérielles. Le roman est-il compatible avec l’urbain ? Pour un temps encore, certainement. Comme contexte territorial, l’urbain est d’ores et déjà présent dans des polars et des romans dits “initiatiques”. L’urbain se faufile dans tous les interstices des paysages contrastés et inattendus d’un territoire quelconque. L’urbain ne recherche plus l’effet “poids”, au contraire, il joue la légèreté, la fluidité, l’éparpillement, mais d’une manière hégémonique, qui balise et contrôle l’ensemble d’un territoire. L’urbain contemporain fonctionne en réseaux et, selon nos activités et nos milieux, notre cartographie existentielle épouse telle ou telle géographie réelle et virtuelle. Ainsi les décideurs séjournent-ils principalement dans des villes globales dont l’économie informationnelle domine le monde. De la même manière qu’aucun individu de par le vaste monde ne vit au même rythme, aucun homo urbanus ne fréquente les mêmes territoires. Conséquemment, la ville que les romanciers ont souvent, par facilité, décrite à deux vitesses, avec sa “ville basse” et sa “ville haute”, se transforme-t-elle en un urbain à plusieurs vitesses et à plusieurs espaces, pas toujours enchevêtrés les uns dans les autres, pas toujours à la même échelle, pas toujours synchrones. Elle ne respecte plus le déroulé narratif et devient de moins en moins lisible. La ville en est une autre.

Thierry Paquot