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Thursday, March 24, 2016

Les présages du point de vue psychanalytique

La perception d’un présage constitue un fait psychologique remarquable, dont l’étude peut jeter quelque lumière sur les mécanismes de l’inconscient. Il s’agit tout d’abord de préciser exactement dans quel sens nous employons le mot présage.

Le présage n’est pas simplement le signe d’un événement actuel ou futur. Le physicien qui prévoit un phénomène en étudiant une courbe, l’ingénieur qui déduit la rupture prochaine d’une canalisation de la connaissance de la pression qu’elle supporte et de la résistance qu’elle possède ; l’astronome qui calcule une éclipse à l’avance ; le médecin qui prévoit la guérison ou la mort d’un malade d’un certain complexus symptomatique, et même l’observateur qui annonce un hiver froid selon certaines constatations météorologiques ou naturelles, n’ont aucunement recours à des présages, non plus que le banquier qui escompte certaines fluctuations de change selon tel courant d’opinion politique, ni le joueur qui suppute les chances de son cheval. Dans tous ces cas, il s’agit de déductions logiques, d’une appréciation raisonnée des facteurs en jeu et la conclusion apparaît comme une probabilité, par voie intellectuelle.

Au contraire, un homme fait, par exemple, une démarche dont doit dépendre sa situation et il trébuche en arrivant : immédiatement, l’idée que son entreprise est vouée à l’insuccès peut s’imposer à sa conscience. En vain, le raisonnement lui montrera que les choses se présentent pour le mieux et qu’aucun danger n’apparaît ; le sentiment de l’échec à venir demeurera en lui comme une obsession ou comme une certitude. En ceci consiste précisément le présage : c’est un fait extérieur éveillant la notion plus ou moins précise, mais impérieuse d’un événement encore inconnu. Le fait significatif n’affecte avec l’idée signifiée aucun rapport rationnel de causalité ou de dépendance, mais uniquement un rapport symbolique ; la correspondance entre le fait significatif et l’idée signifiée n’est pas donnée par l’intelligence selon des voies conscientes mais par le sentiment selon des voies inconscientes ; enfin l’idée signifiée n’est pas reçue par la conscience comme une conclusion possible parmi d’autres, modifiable par des facteurs nouveaux et éventuels, mais comme une certitude fatale et définitive.

Un tel ordre de faits psychologiques doit donc entrer dans le champ d’études de la psychanalyse qui étudie toutes les manifestations de l’inconscient. En outre, de tels faits psychologiques sont notablement plus fréquents qu’on ne le croit d’habitude. La même éducation qui empêche les hommes d’avouer volontiers leurs préoccupations sexuelles, les retient de parler de choses considérées comme superstitions ridicules et faiblesses d’esprit blâmables, mais une enquête systématique montre que la plupart des individus ont éprouvé le phénomène de la perception du présage. Là encore, il faut assainir l’atmosphère d’erreurs et de mensonges dans laquelle nous avons été élevés et la tâche est si rude que l’étude des présages se montre hérissée de difficultés et d’embûches. Pour plus de commodité, il convient d’examiner d’abord le fait psychologique en soi, en réservant la valeur prophétique possible du présage. Ce dernier aspect ne peut encore être abordé qu’à l’aide d’hypothèses, faute d’une méthode d’observation et d’investigation répondant suffisamment aux exigences de l’esprit scientifique.

Nous admettons donc que des individus (à tort ou il raison, c’est une autre affaire) peuvent être émus par des présages ; autrement dit, la perception de certains faits extérieurs amène à leur conscience des sentiments jusque-là latents et inexprimés. D'ailleurs, ce que l’on appelle superstition est un aspect trop fréquent et trop général de la psychologie humaine pour ne pas répondre à des mécanismes profonds et habituels, d’autant plus intéressants pour nous que plus primitifs et plus spontanés.

Ici, il faut remarquer que l’homme a toujours tendance à objectiver ce qui se passe en lui subjectivement, par conséquent à attribuer à une influence extérieure (génie, dieu ou diable) un processus intérieur. Cette tendance, caractéristique de la pensée primitive, apparaît pleinement dans les psychoses et les névroses (mécanisme de projection). Nous devons nous tenir en garde contre cette inclinaison.

Il semble que, dans le présage, le fait significatif ne soit généralement qu’un simple détecteur d’une donnée inconsciente et préexistante. Il arrive en effet que le fait en question, même remarqué par un grand nombre, n’affecte que peu d’individus ou un seul. Je me rappelle, étant enfant, m’être trouvé à un dîner où, au moment de se mettre à table, les convives remarquèrent qu’ils étaient treize. Une superstition banale veut que ce soit un présage défavorable parce qu’avant sa passion, Jésus dîna en compagnie de ses douze disciples ; le seul effet de cette superstition est généralement qu’on invite un quatorzième, par suite de cette imitation routinière si importante dans l’établissement des sociétés humaines, mais il est peu de personnes capables de s’en épouvanter systématiquement. J’ai assisté à d’autres dîners à treize notamment un vendredi 13, au banquet métapsychique, et je n’en ai jamais vu quelqu'un s’émouvoir. Ce jour-là, cependant, une vieille dame, qui ne paraissait pourtant pas plus superstitieuse que les autres, manifesta une vive terreur, quitta précipitamment la salle, et resta nerveuse toute la soirée malgré l’arrivée attendue d’un quatorzième. Il est vrai qu’elle mourut dans l’année, d’une maladie aiguë évoluant sur son organisme déjà affaibli par une néphrite chronique. Or, il est assez facile d’admettre qu’un sens cœnesthésique obscur pouvait enregistrer inconsciemment son état de moindre résistance biologique. Le présage, banal pour tout le monde, était devenu révélateur pour elle, d’une donnée latente concernant le danger de mort. C’est pourquoi, sans doute, il avait éveillé une émotion intense. Au lieu de se fixer sur un présage, cette donnée inconsciente aurait pu entrer dans le conscient à la faveur d’un rêve. Meunier et Masselon, en particulier, ont noté de nombreux exemples de rêves de ce genre, de même que Vaschide et Pierron. Il paraît certain, à la suite des travaux de Feré, Lemaître, Comar, Buvat, Bacri, Sellier, que l’individu peut prendre conscience par des moyens directs et assez mystérieux, de son état organique (phénomènes d’autoscopie). Généralement, le sens autoscopique reste inconscient, mais un présage, tout comme un rêve, peut lui servir de détecteur. Il faut remarquer le rapport symbolique entre le fait significatif et l’idée provoquée. Naturellement, il ne doit exister aucune différence entre le présage spontané ou fortuit (comme le fait de se trouver treize à table) et le présage provoqué, comme certains procédés de divination.

C’était un usage assez répandu en Russie, pour les jeunes filles surtout, d’employer divers procédés de ce genre dans la nuit du premier janvier, pour connaître leur avenir et en particulier leurs chances de mariage. Des amis m’ont raconté le fait suivant auquel ils avaient assisté : une de ces jeunes filles, jusque-là très gaie et que personne n’aurait soupçonnée d’être malade, découvrit une forme de cercueil dans des taches de bougies faites au hasard, dans un but divinatoire, et s’en effraya. A vrai dire, rien n’était moins évident et ses amis, très sincèrement, affirmèrent qu’on pouvait y voir toute autre chose. Cette jeune fille aurait montré, peu de temps après, les signes d’une tuberculose pulmonaire jusque-là insoupçonnée et qui devait l’emporter. Peu importe d’ailleurs si ce fait (que je ne garantis pas) est vrai ou faux : il est exactement de même nature que tous les autres faits de ce genre rapportés par des milliers de témoins. Il peut au moins servir d’exemple à toute une catégorie de présages explicables par le sens cœnesthésique et au titre de schéma, il nous a paru particulièrement typique. Le sentiment inconscient de danger biologique se traduit par la représentation symbolique de la mort.

Un autre argument à invoquer en faveur de la préexistence, dans l’inconscient, du sentiment révélé par le présage, nous est donné par la curieuse tendance qu’ont certains individus à reproduire des réactions analogues dans toutes les circonstances semblables. La psychanalyse met souvent en lumière, et d’une manière très frappante, ce mécanisme chez les névrosés, mais il apparaît aussi chez les normaux dans cette psycho-pathologie de la vie quotidienne signalée par Freud. On peut imaginer un névrosé amené à se fiancer malgré des résistances inconscientes. Ces résistances vont provoquer chez lui des actes manqués de divers ordres : il pourra se tromper de date et arrivera chez sa fiancée le lendemain du jour où il est attendu ; il pourra égarer un souvenir que celle-ci lui a donné, laisser tomber et briser son portrait, etc., autant de présages possibles pour l’avertir que ses résistances trouveront moyen de rompre avant le mariage. Ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce fonctionnement subtil de l’inconscient pourront trouver quelque chose de merveilleux à la prophétie du présage alors que le rapport paraîtra tout naturel à un psychanalyste. Ce qui est intéressant, pour le moment, c’est de voir par quel moyen symbolique la tendance inconsciente peut s’imposer au conscient à la faveur d’un présage qu’elle provoque ou qu’elle crée de toutes pièces. Il faudrait analyser de même tous ces présages de faux-pas au début d’une entreprise qui ne doit pas réussir, mais dont, peut. être, le sujet ne désire pas la réussite dans le fond ténébreux de son inconscient, ou dont il se sent obscurément incapable. De même, le fait de mettre un sous-vêtement à l’envers traduirait naturellement un sentiment inconscient d’infériorité, destiné à conduire à l’échec. La fatalité, ici, n’existerait que dans l’inconscient de l’individu.

Un troisième argument, et plus important encore celui-là, en faveur de la même opinion, est fourni par les erreurs dans les présages, car une étude systématique prouve qu’ils ne se réalisent pas tous. Le Dr Osty qui dirige avec un esprit si remarquablement scientifique les travaux de l’Institut Métapsychique et avec qui j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement de ces questions, pense à juste titre que les erreurs dans ce domaine, quand on arrive à les déterminer, sont presque plus importantes pour la compréhension des processus en action, que les concordances. Or, il est certain que le phénomène du présage (sentiment prospectif induit par la perception d’un fait extérieur) traduit quelquefois non la donnée directe d’une information inconsciente, mais un désir latent, comme le rêve. J’ai connu une théosophe malveillante qui, pendant des années, voyait partout des présages de la mort prochaine de son parent à héritage, et aussi de la disparition du secrétaire de la Société qui lui portait ombrage, mais les années passaient sans que ses mauvais désirs se réalisent. Il est bien évident que les présages ne correspondaient à rien que de subjectif. Je me rappelle aussi un commandant de mon bataillon, quand j’étais mobilisé comme aide-major au I55e d’infanterie. Il passa la moitié d’une nuit à expliquer à un petit groupe, dont j’étais, qu’il était sûr de revenir vivant de la guerre, énumérant tous les présages de bon augure qu’il avait collectionnés ; or il fut blessé légèrement le lendemain à une attaque et tué peu de temps après. Je ne sais pas si le fait de craindre la mort, quand on est officier d’infanterie, peut passer pour un pressentiment remarquable, mais il est bien certain que les présages en question n’étaient inspirés que par son désir de vivre et n’avaient qu’une valeur purement subjective. Il faudrait aussi préciser si, dans ces cas, les présages invoqués comportaient un sentiment de certitude aussi fort que d’ordinaire ou bien s’ils n’étaient pas un effort de rationalisation, chez un homme superstitieux et croyant à la valeur objective du présage, au moyen d’arguments d’ordre occulte.

Cependant, même si l’on veut s’en tenir aux explications qui précèdent, en ne s’appuyant que sur des faits connus et clairement explicables, il faut bien reconnaître que l’inconscient, dans la plupart des cas, possède des données infiniment plus subtiles que le résultat grossier de notre observation ou de notre raisonnement : la simple cœnesthésie annonçant une maladie bien avant que n’apparaissent les premiers symptômes positifs, prévenant d’un danger biologique lointain et insoupçonnable pour notre observation ordinaire, révèle une pénétration et une puissance bien faites pour nous étonner. D'ailleurs, l’instinct des animaux comporte des informations aussi singulières. Par quelle donnée est guidé le chien de chasse ou le chien policier sur une piste, et existe-t-il même une commune mesure entre cette donnée et celles de notre odorat ? Par quelle représentation est guidé le pigeon voyageur ? Et surtout quel avertissement pousse les oiseaux, les bestiaux, à fuir le lieu d’un cataclysme prochain ? Ces données immédiates de la conscience, comme les appelle M. Bergson, dépassent d’autant nos possibilités inductives et déductives du raisonnement et de la connaissance lucide que la clairvoyance ou la télépathie dépassent nos sens ordinaires. Il est impossible d’aborder la question des présages sans toucher à celle des facultés supranormales. L’étude des rêves, cette autre manifestation de l’inconscient, mène au même problème, bien que d’une manière moins pressante.

Si nous voulions, pour un moment, renoncer au préjugé philosophique du libre-arbitre et du hasard, pour admettre un déterminisme universel, plus conforme d’ailleurs à ce que la science nous apprend chaque jour, il deviendrait moins étonnant que l’être puisse être informé de ce qui concerne et sa vie propre et le milieu social dont il est une cellule et le milieu cosmique dont il est un constituant.

En ce qui concerne le milieu cosmique, nous savons que les animaux se comportent comme s’ils prévoyaient la secousse sismique, l’inondation, l’hiver rigoureux ; en ce qui concerne le milieu social, les phénomènes de psychologie collective montrent à quel point s’opère une induction réciproque et inconsciente dans les sentiments du groupe ; en ce qui concerne ]a vie individuelle, nous voyons trop combien l’être arrive toujours à réaliser son plan préconçu, l’imago de ses complexes, pour ne pas comprendre qu’il porte dans une large mesure sa destinée en lui. Et même ce qui nous paraît tout à fait accidentel comme le fait d’être tué à la guerre, ne procède-t-il pas d’une volonté plus ou moins ferme et plus ou moins profonde de fuir le danger ? N’est-ce pas le sentiment préformé de l’infériorité personnelle, de la malchance et de l’échec qui guide obscurément mais sûrement, comme un tropisme constant, l’individu vers le point où le danger est inévitable, la ruine certaine ? Nous sommes autorisés à penser ainsi en considérant la déveine du névrosé pessimiste, choisissant à coup sûr la combinaison sans issue, la voie mauvaise, et surtout quand nous voyons la manière curieuse dont cette déveine disparaît au fur et à mesure que la psychanalyse le rend conscient de sa tendance à se détruire.

Dans les Mémoires de Bourrienne (l, 78), il est question d’un jeune officier d’artillerie qui servait sous les ordres du général Bonaparte devant Toulon. L’officier étant commandé pour une attaque, sa femme, très agitée, vint supplier Bonaparte de dispenser son mari de service ce jour- là. Ce dernier fut insensible. Le moment de l’attaque arriva et cet officier qui avait toujours été d’une bravoure extraordinaire, eut le pressentiment de sa mort prochaine : il devint pâle, il trembla. Venu à côté du général dans un moment où le feu de la ville était devenu très fort, Bonaparte lui dit : « Gare, voilà une bombe ! » « L’officier, ajouta-t-il, au lieu de s’effacer, se courba et fut séparé en deux ».

De tels faits donneraient à penser que l’accident, d’apparence fortuite, n’est dû en réalité qu’à une insuffisance dans la volonté de conservation de l’individu. De même a-t-on pu observer que les maladies aiguës, au cours d’une épidémie, frappent volontiers ceux qui sont déprimés par la peur, mis en état de moindre résistance par un abaissement sympathicotonique par exemple, lui-même déterminé par des éléments psychiques. Quant aux maladies chroniques, il y aurait beaucoup à dire sur leurs déterminantes préalables d’ordre psychique. Nous ne pouvons que citer ici le résultat des travaux de Maeder de Zurich, en particulier de ses psychanalyses de tuberculeux. Nous nous proposons de revenir plus tard sur ce point. Admettons seulement que ce facteur psychique inconscient, même s’il n’est pas le seul en cause, peut influer sur la vie et la mort d’un individu et devenir conscient à la faveur d’un présage.

L’histoire militaire est pleine d’anecdotes de ce genre. D'un livre encore inédit de l’éminent historien Joseph Turquan, nous extrayons par exemple, le cas suivant : « Le général Joubert, que le gouvernement du Directoire venait de nommer au commandement de l’armée d’Italie, était allé à Pont-de-Vaux, dans l’Ain, chez son père, pour la célébration de son mariage avec Mlle Zéphyrine de Montholon, nièce de M. de Sémonville. Les habitants de Pont-de-Vaux lui firent la plus brillante réception et, pendant le repas de noces, tirèrent les canons de la ville, douze pièces que l’amiral de Court, enfant de Pont-de-Vaux, avait prises aux Anglais devant Toulon. La salve achevée, Joubert fait tout haut la remarque que l’on a tiré le même nombre de coups que pour les honneurs funèbres rendus à un officier général tué sur le champ de bataille. On se regarde, on pâlit, car Joubert devait partir le lendemain pour aller prendre possession de son commandement : chacun avait le pressentiment que les coups de canon tirés en signe de réjouissance pour le mariage du jeune général avaient sonné son glas de mort. Et, en effet, à peine arrivé en Italie, Joubert fut tué par une des premières balles tirées à la bataille de Novi. »

Il est enfin des cas curieux où le présage ne parvient pas, en raison de son caractère désagréable, à forcer le barrage de la censure et n’est pas compris, comme il arrive dans la plupart des rêves.

Je citerai ici un cas personnel qui, si l’on veut bien ne pas se retrancher derrière le préjugé du hasard et de la coïncidence, pour en reconnaître le caractère prospectif, rentrerait dans cette catégorie.

Dans le même bataillon d’infanterie où j’étais mobilisé en 1915, j’avais pour camarade un jeune médecin auxiliaire nommé Royer. Ce dernier manifesta un jour le désir d’avoir sa photographie pour l’envoyer à ses parents (était-ce un, signe d’inquiétude particulière ?) et il demanda à un autre camarade, W., qui possédait dans sa trousse un petit Kodak, de faire son portrait. Nous nous trouvions alors à la relève, dans un village de Champagne complètement détruit. A un endroit restait un pan de mur avec une ancienne boîte à lettres et quelqu’un avait écrit, au charbon, en grosses lettres, cet avis humoristique : « La dernière levée est faite ». Royer déclara que ce détail était particulièrement plaisant et choisit ce mur comme fond pour son portrait, s’effaçant même de côté pour laisser l’inscription en valeur. La photo fut faite, développée, tirée presque immédiatement et il put l’envoyer à sa famille avant de remonter aux tranchées. A peine arrivé à son poste de secours, il fut tué et c’est quelque temps après, en revoyant cette photographie dont j’ai conservé une épreuve, que j’ai compris la, sinistre signification de l’inscription-présage.

La dernière levée de sa correspondance était réellement faite, à sa dernière relève au cantonnement. Après, ce, fut la levée de son corps, à laquelle j’assistai, dans une toile de tente nouée aux quatre coins et accrochée à un bâton, comme on faisait alors.

Plus remarquables encore sont les présages induits comme c’est le cas des voyantes et cartomanciennes. Le Dr Osty a fait, sur ce point, des recherches extrêmement curieuses qui tendraient à prouver que la voyante réfléchit simplement une image qui est dans l’inconscient du consultant et que la base objective du présage serait inexistante. Il a consulté par exemple un certain nombre de cartomanciennes et noté soigneusement non seulement ce qu’elles annonçaient, mais encore le groupement des cartes qu’elles prétendaient traduire en prédiction. Or, ces cartomanciennes, sans avoir eu la moindre possibilité de connivence ou d’information préalable, en arrivaient à donner des indications remarquablement concordantes, mais pas deux ne réalisaient le même groupement de cartes. Dans ces cas, la réalité objective du présage paraissait fortuite ; seule jouait un rôle une certaine donnée psychologique immédiate (la prédiction). D'où pouvait venir cette donnée sinon du seul élément commun dans tous les cas : le consultant et son imago inconsciente de désir, d’espoir, de préoccupation ou de véritable prémonition intuitive ? A ce point de vue encore, les erreurs sont extrêmement instructives.

J’ai connu personnellement une dame qui, étant inquiète de la santé de son fils, coxalgique et scrofuleux, avait été consulter une première voyante et s’était fait dire que son fils mourrait à l’âge de vingt ans. Troublée, elle avait été en consulter une deuxième, puis une troisième, au hasard, évitant la moindre allusion qui aurait pu les mettre sur la voie de ses craintes et, chose remarquable, ces dernières avaient spontanément annoncé que le fils ne dépasserait pas sa vingtième année. Or, ce dernier a déjà survécu de plus de quinze ans à la date fatale. Que conclure de cela, sinon que les voyantes ont simplement reflété une crainte inexprimée chez leur cliente ?

Dans ce cas, je ne sais pas si, dans les trois jeux de tarot, les mêmes cartes avaient été tirées, mais c’est peu probable, étant données les constatations similaires du Dr Osty. Étant donné que chaque carte comporte non pas une signification mais une série de significations, il s’ensuit que la même conclusion peut être tirée de constellations de cartes très différentes ; d’autre part, les cartomanciennes se servent d’un si grand nombre de cartes et de combinaisons successives, qu’elles peuvent sans doute toujours arriver à y accrocher la donnée inconsciente dont elles sont le miroir et le détecteur. Quand on envisage le problème de cet angle, le présage tend à perdre toute valeur objective pour laisser toute l’importance à l’élément subjectif. C’est ce dernier qui serait seul en jeu et qui se fixerait sur la première correspondance symbolique possible, donnée par le hasard des combinaisons dans les choses.

Cependant, il est possible qu’il n’en soit pas complètement ainsi, étant donnée la part active et spontanée dont le devin prépare ses présages artificiels, dont il bat les cartes (et les fait couper au consultant), dont il dispose son marc de café ou ses trous de géomantie, étant donnée la liberté dont il dispose pour former ses visions. Nous avons vu comment le névrosé ou même l’homme normal peut fabriquer, par ses réactions inconscientes, des présages symboliques de la conduite importante qu’il prépare à son insu. Le même déterminisme peut jouer dans la préparation des présages chez le devin, et le soi-disant hasard ne serait que l’effet des facultés spéciales de l’inconscient.

Est-ce à dire en fin que la nature elle-même serait incapable de fabriquer ses propres présages, comme le névrosé ? Les Anciens ont dit par exemple qu’une éclipse de soleil avait présagé la mort de César et les troubles qui devaient s’ensuivre,

Cum caputi obscura nitidum ferrugine texit
Impiaque aeternam timuerunt sœcula noctem.



Les astrologues modernes prétendent prouver par des statistiques absolument objectives la concordance de certaines destinées d’individus ou de sociétés avec la disposition des astres à leur naissance. Ceci prouverait – et c’est une idée que j’ai déjà discutée dans un article sur les présages, paru en 1913 – qu’il existe dans les événements cosmiques une correspondance curieuse, basée sur cette loi que la partie est organisée comme le tout, l’organe comme l’organisme (correspondances iridiennes de l’irido-diagnostic ou nasales de la réflexothéraphie de Bonnier), le commencement comme l’ensemble, le cycle d’un jour comme le cycle d’une année ou d’une vie, le microcosme humain comme le macrocosme universel, vieille idée que rien n’est jamais venu vraiment démentir. Mais ceci est une question métaphysique qui ne nous intéresse pas ici, parce qu’elle sort du cadre que nous nous sommes tracé. Ce qui nous intéresse c’est que, répondant ou non à des correspondances objectives voulues par la nature, la destinée de chaque homme paraît consister en une imago inconsciente, qu’il porte peut-être en lui dès l’heure de sa naissance ou bien qu’il est en mesure de déformer et de recréer par la suite. Cette imago aurait une force singulière pour obtenir sa réalisation objective à l’insu du conscient ; avec une précision merveilleuse et une sûreté comparable à certaines suggestions hypnotiques à distance, opérées expérimentalement, l’imago amènerait l’homme, sans qu’il s’en doute, à éteindre en lui la tension de vie et à se laisser envahir par la maladie, à marcher comme un automate au-devant de la catastrophe, du malheur, du crime même. Elle serait servie par les pouvoirs mystérieux de l’inconscient : intuition, télépathie, clairvoyance, « flair » instinctif. Destinée à rester enfouie dans l’inconscient, elle pourrait exceptionnellement affleurer à la conscience soit directement en vision, soit en rêve, soit à l’occasion d’un présage (et ceci justifierait les superstitions les plus fantaisistes), mais en des lueurs incertaines, mêlées de désirs latents ou de craintes ignorées (éléments plus superficiels et d’une puissance moins fatalement inexorable). Cette imago ne différerait pas, quant à sa nature, du complexe infantile concernant le père, la mère, la nourriture et guidant toute la vie d’un être ; elle serait comparable à ce que nous savons, depuis les travaux d’O. Rank, des traumatismes de naissance, notamment de la tendance à fuir la vie ou de la tendance à revenir au sein maternel (palingénésie de Stekel). A ce point de vue, l’étude des présages peut être féconde pour le psychanalyste. Elle peut éclairer le problème de la destinée humaine, montrer si cette dernière vient de l’extérieur ou si elle n’est qu’une détermination subjective. Dans ce cas, la psychanalyse pourrait prétendre à modifier le destin, à transformer la fatalité.

Entre ceux qui disent que tout est déterminé par un enchaînement de causes étrangères à l’homme, prêchant le renoncement et la résignation et ceux qui prétendent que l’individu « fait sa vie » selon sa volonté, d’après cet enseignement védique : « Ce que l’homme pense, il le devient », la psychanalyse pourrait montrer, par une distinction appropriée, la conciliation des deux thèses ; elle trouverait par exemple que la volonté consciente est inefficace contre le destin, mais que la volonté inconsciente et profonde peut être toute puissante. Elle donnerait surtout le moyen de vouloir sur ce plan et remplirait l’idéal bouddhique de la connaissance libérant l’homme de la fatalité.

Dr. René Allendy

Monday, January 21, 2013

Un boy de Sartre


Il est difficile de prononcer aujourd'hui ce nom Sartre, sans que soit aussitôt convoquée une image publique écrasante. En 1941, nous n'étions pas légion à savoir, d'une certitude absolue, qu'il était Sartre. À quoi tient ce sentiment d'évidence ? C'est un roc, il ne tient qu'à lui-même. Il ne cherche pas à se transmettre, il ne souhaite pas se justifier, il prendrait plutôt, aux yeux des autres, la forme d'un secret : on est quelques-uns à savoir, à posséder cette évidence mais, même entre ceux qui savent, on n'en fait pas état. Poussés dans nos retranchements, contraints de fournir des preuves, nous n'aurions pu, l'air mauvais, qu'invoquer l'argument ontologique, mais à l'envers : Sartre existe, donc il est ! J'avais aimé, je l'ai dit, certains de mes professeurs mais, à quelques signes, je reconnaissais que cet amour tenait tout entier à la situation, était déposé en elle et se volatiliserait hors d'elle, hors du monde clos du lycée : c'était le lycée mon objet d'amour, les profs n'en étaient que les émanations. Un phénomène analogue se produisait avec ces passions brèves qui me venaient pour des rencontres de vacances et qui s'effaçaient avec le retour à Paris. Une fois dissoute la "bande", envolées les amours des plages !

Je ne voyais pas en Sartre un professeur, je ne le limitais pas à une fonction, il ne renvoyait qu'à lui. Tous les mots – respect, admiration, fascination – seraient ici impropres. Pourtant j'en fis bien quelque chose comme mon dieu.

C'est d'abord que je trouvais entre ce que disait Sartre et sa personne un accord total. Pendant plusieurs semaines il nous exposa la morale de Kant mais c'était Sartre qui parlait, comme si la pensée de Kant se formait directement dans sa tête à lui et devant nous, comme s'il lui donnait existence en la disant. J'imaginais – et en fait je ne me trompais guère – que, face à tout objet, même et surtout le plus trivial, il en eût été de même. Il devait le considérer un moment, comme un couvreur inspectant le tas de tuiles qu'il va transformer en toiture, avant de se dire : "On y va ?" et d'y aller ! Petite taille mais corps solide, c'était un travailleur manuel de l'esprit, un prolo de la conscience thétique. Et ce n'était pas la dignité du matériau qui assurait l'intérêt du travail. N'importe quoi faisait l'affaire : une baguette de pain, un autobus, "mon ami Pierre" (comme il m'aura fait rêver, celui-là !), un homme en colère, la serveuse du restaurant. […]

Oui, Sartre avait l'intelligence gaie, skieuse – schuss et slalom – mais il rendait parfois la mienne triste et piétinante : je n'étais pas sûr d'être à la hauteur ! Aujourd'hui encore, il y a une forme d'intelligence qui me fait à la fois envie et horreur, celle qui n'a jamais rendez-vous qu'avec elle-même, ignore son trajet, méconnaît sa propre bêtise : l'infatigable, la vaine productrice et consommatrice d' "idées". Devant les beaux esprits, je prends la fuite : Alceste pas mort... Et, avec lui, la question bête vient sourdre, insistante, butée, qu'accompagne un retrait de la parole trop agile : c'est brillant, c'est ingénieux, la machine tourne, fonctionne, produit, mais est-ce vrai ? Ça se tient mais est-ce que ça tient à la réalité, à cette substance des choses qu'en fin de compte il s'agit de rejoindre ? Le travail de la main du peintre "sur le motif", dans son attention, sa patience, son inlassable retouche, ses mouvements, infimes et précis, de la palette à la toile, me paraîtra toujours moins suspect que celui de la main à plume.

C'est surtout quand il m'arrive de vouloir écrire de la psychanalyse, pour tenter de transmettre ce que j'y rencontre effectivement, que cette insatisfaction, que cette passion inquiète me saisit. C'est qu'il ne s'agit là ni d'observer des faits ni d'inventer des histoires. Je n'ai pas à apporter des preuves de ce que j'avance et pourtant je dois le rendre probant. L'objet n'est pas offert au regard et pourtant il existe. Comment donc le rendre sensible au lecteur, le lui faire, à son tour, reconnaître en lui, cet objet qui jamais ne se donne à voir, à saisir, qui jamais ne se laisse percevoir de front ? Séance après séance, ces hommes et ces femmes étendus disent les images qui les tiennent, les excitent ou les accablent. Pour alléger leur soumission, nous autres, hommes assis, femmes assises, nous voulons leur donner autre chose que des mots : cette assise, justement, sans quoi il n'y a pas de liberté de mouvement mais agitation épuisante ou surplace mortel.

Mon idéal d'analyste : être celui qui tient parole. J'ai confiance en cet échange – il a sa raison d'être – en lui-même, il n'est pas rongé par l'à quoi bon ? mais j'aimerais être capable d'en communiquer l'évidence, d'en transmettre les modalités qui demeurent, avouons-le, largement inconnues. Faire mieux que le dire car dire ce qui se dit déjà sous mille formes ce n'est jamais que redire. Un rêve : pouvoir peindre l'inouï ! Peindre, pas traduire. La puissance d'un art tient à ce qu'il s'affronte à ce qui le nie : la musique au visible, la littérature au silence. Pourquoi suis-je devenu psychanalyste sinon pour mesurer sans cesse le langage à ce qui n'est pas lui ?

Jean-Bertrand Pontalis, L’Amour des commencements, 1986

Thursday, November 29, 2012

Ce que nous appelons symbole

Ce que nous appelons symbole est un terme, un nom ou une image, qui même lorsqu’ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications, qui s’ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente. Le symbole implique quelque chose de vague, d’inconnu ou de caché pour nous… Lorsque l’esprit entreprend l’exploration d’un symbole, il est amené à des idées qui se situent au-delà de ce que notre raison peut saisir. L’image de la roue peut, par exemple, nous suggérer le concept d’un soleil divin, mais à ce point notre raison est obligée de se déclarer incompétente, car l’homme est incapable de définir un être divin… C’est parce que d’innombrables choses se situent au-delà de l’entendement humain que nous utilisons constamment des termes symboliques pour représenter des concepts que nous ne pouvons ni définir ni comprendre pleinement… Mais cet usage conscient que nous faisons des symboles n’est qu’un aspect d’un fait psychologique de grande importance : car l’homme crée aussi des symboles de façon inconsciente et spontanée pour tenter d’exprimer l’invisible et l’ineffable.

Carl Gustav Jung

Thursday, August 30, 2012

La crise

… la crise, non pas du discours du maître, mais du discours capitaliste, qui en est le substitut, est ouverte.
C’est pas du tout que je vous dise que le discours capitaliste ce soit moche, c’est au contraire quelque chose de follement astucieux, hein ?
De follement astucieux, mais voué à la crevaison.
Enfin, c’est après tout ce qu’on a fait de plus astucieux comme discours. Ça n’en est pas moins voué à la crevaison. C’est que c’est intenable. C’est intenable… dans un truc que je pourrais vous expliquer… parce que, le discours capitaliste est là, vous le voyez… une toute petite inversion simplement entre le S1 et le S… qui est le sujet… ça suffit à ce que ça marche comme sur des roulettes, ça ne peut pas marcher mieux, mais justement ça marche trop vite, ça se consomme, ça se consomme si bien que ça se consume.

Jacques Lacan (Milan, 12 mai 1972)

Monday, August 27, 2012

On parle de la magie de l'art

L'art est le seul domaine où la toute-puissance des idées se soit maintenue jusqu'à nos jours. Dans l'art seulement il arrive encore qu'un homme, tourmenté par des désirs, fasse quelque chose qui ressemble à une satisfaction ; et, grâce à l'illusion artistique, ce jeu produit les mêmes effets affectifs que s'il s'agissait de quelque chose de réel. C'est avec raison qu'on parle de la magie de l'art et qu'on compare l'artiste à un magicien. Mais cette comparai­son est peut-être encore plus significative qu'elle le paraît. L'art, qui n'a certaine­ment pas débuté en tant que « l'art pour l'art », se trouvait au début au service de tendances qui sont aujourd'hui éteintes pour la plupart. Il est permis de supposer que parmi ces tendances se trouvaient bon nombre d'intentions magiques.

Sigmund Freud, Totem et Tabou

Wednesday, July 4, 2012

Révolution psychique engagée par la culture numérique

Les technologies numériques modifient enfin le fonctionnement psychique de plusieurs façons.
1. Tout d’abord, l’identité se démultiplie. Le Moi n’est plus la propriété privée d’un individu, mais une construction à chaque fois tributaire des interactions. Le psychisme humain est un dispositif d’interaction intériorisé qui se complète et se nuance sans cesse sous l’effet de nouvelles communications. A chaque moment, il en est de nos identités comme des vêtements dans notre garde-robe. Nous les essayons à la recherche de notre personnalité décidément insaisissable. Les identités multiples et les identifications flottantes définissent une nouvelle normalité dont la plasticité est la valeur ajoutée, tandis que l’ancienne norme du « moi fort intégré » est disqualifiée en psychorigidité. Quant à la pathologie, elle ne commence que quand ses identités échappent au sujet et qu’il devient incapable de différencier le dedans du dehors, l’intériorité de l’extériorité.
2. Ensuite, avec les technologies numériques, le clivage s’impose comme mécanisme défensif prévalent sur le refoulement. Sur Internet, en effet, aucun contenu n’est réprimé et tous sont accessibles instantanément par l’ouverture d’une « fenêtre » : c’est le système « windows ». Or cette logique correspond exactement à ce qui se passe lorsque, dans le clivage, nous sommes capable de penser à une chose, et aussitôt après de l’oublier comme si elle n’avait jamais existé. Du coup, les contraires peuvent y coexister sans s’exclure. Cela renforce le processus du clivage aux dépends du refoulement, avec des effets considérables sur l’éducation.
3. Enfin, Internet reproduit la caractéristique de notre mémoire qui est d’être un espace d’invention permanente dans lequel rien n’est daté de telle façon que le passé peut toujours être confondu avec le présent. Alors que la culture du livre fait une grande place à la succession et à la narration (avec un avant, un pendant, un après et un conditionnel), celle des écrans se déroule dans un éternel présent.

Serge Tisseron

Sunday, December 11, 2011

Le Père de la Horde sauvage

Un jour, les frères expulsés se groupèrent, abattirent et consommèrent le père et mirent ainsi un terme à la horde paternelle. Réunis, ils osèrent et accomplirent ce qui était resté impossible à l'individu. (Peut-être un progrès culturel, le maniement d'une nouvelle arme, leur avait-il donné le sentiment de leur supériorité.) Qu'ils aient ainsi consommé celui qu'ils avaient tué, cela s'entend, s'agissant de sauvages cannibales. Le père primitif violent avait été certainement le modèle envié et redouté de tout un chacun dans la troupe des frères. Dès lors ils parvenaient, dans l'acte de consommer, à l'identification avec lui, tout un chacun s'appropriant une partie de sa force. Le repas totémique, peut-être la première fête de l'humanité, serait la répétition et la cérémonie commémorative de cet acte criminel mémorable, par lequel tant de choses prirent leur commencement, les organisations sociales, les restrictions morales et la religion.

Freud Sigmund, Totem et tabou, 1913

Totem : "Le mot totem est emprunté à l'ojibwa, langue algonquine parlée sur le pourtour des Grands Lacs nord-américains..." E. Désveaux dans Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie de Bonte et Izard.

Tabou : Il semblerait que le mot fût connu et introduit en Occident par le récit du troisième voyage de James Cook. Il l'aurait entendu à Tonga. Aujourd'hui encore à Tahiti on parle de tapu. Comme pour totem, les usages ethnologiques ont quelque peu déplacé les sens de ces mots par rapport à leurs usages dans leurs langues originelles.